samedi 15 février 2014

Patrimoine bâti du Cantal, du stratovolcan à la pierre taillée

Cantal ? Vous avez dit Cantal ? Quelle image s’impose à qui entend ce mot ? Le fromage ? Le département ? Le pays vert ? Le château d’eau de la France ? Le plus grand volcan d’Europe ? Un peu tout cela et peut-être un peu plus encore !

Décroissance démographique quasi continue :
Avec une population plus ou moins stabilisée à 147 577 (1) – que viennent renforcer quelques 250 000 têtes de bétail - le Cantal fait partie de ces territoires ruraux profondément affectés par les conséquences de l’exode rural des siècles passés.

Le Cantal, qui doit son nom à la création, sous la Révolution Française, des départements par le décret du 4 mars 1790, a bénéficié dans la foulée du premier recensement de son histoire en 1791 : 239 972 âmes, presque un tiers de plus qu’aujourd’hui !

Le pic de population a été atteint en 1826 avec 262 013 cantaliens recensés pour diminuer d’environ 20 000 entre 1836 et  1866, puis décroître plus lentement jusqu’à la guerre de 1870 (moins 5 000). La première guerre mondiale portera un grand coup à la démographie cantalienne qui passe de 223 361 habitants en 1911 à 199 402 en 1921, puis à 146 843 en 1946 (plus de détails sur le site du SPLAF)

Un patrimoine bâti vidé de ses occupants :
Photogénique xantheria parietina
Ce petit rappel démographique préalable était nécessaire pour comprendre pourquoi le patrimoine bâti est si important dans le Cantal. En effet, il faudrait être aveugle pour ne pas voir les nombreuses maisons aux proportions parfois très imposantes aux volets clos. Certaines sont des résidences secondaires, d’autres purement et simplement abandonnées. Et pourtant elles sont toutes là, solidement implantées, toujours debout malgré les outrages du temps, de la végétation envahissante ou encore des champignons Xanthoria parietina » lichen reconnaissable à sa couleur jaune orangée. Toutes témoignent cependant d’une occupation passée et d’une époque révolue.

Volonté de quelques-uns, envie de changer de vie de quelques autres, certaines constructions réchappent à cet état d’abandon. C’est le cas au hameau de Sagnabous, proche de Laroquebrou (6 km) et rattaché à Saint-Santin Cantalès (12 km). Certes, il est loin le temps où le hameau pouvait se vanter d’abriter une quarantaine de personnes mais aujourd’hui le hameau, habité, revit. Le gîte Le Fournil de Sagnabous fait partie de ces constructions. Mais avant de l’évoquer, faisons un petit retour en arrière.

La pierre, fruit de l’activité du stratovolcan, pour matière première :

Le terme "puy" désigne des sommets d'origine volcanique
Il y a plus de 7 millions d’années, bien avant l’arrivée des hommes, le stratovolcan (http://) qui compose le massif cantalien voit la succession de longues périodes de glaciation, d’érosion, de coulées de lave et de dépôts pyroclastiques. En découle une réelle diversité de roches disponibles pour la construction dont témoigne l'appareillage des murs érigés par l’homme. Il n’est pas rare de trouver encore debout des constructions vieilles de près de 800 ans. 
Plaque de datation des anciens hospices de Laroquebrou

Ainsi, à Laroquebrou, la plaque de datation au-dessus de la porte des anciens hospices affiche « l’an 1300 ». Quand on vous dit que les anciens savaient bâtir « solide » ! Selon les endroits, on trouve de belles façades en pierres équarries d’où un appareillage d’aspect régulier, ou taillées, selon leur dureté, dans la roche volcanique, le basalte, le trachyte et dans les roches métamorphiques, le gneiss, le schiste ou le granit. Les portes et fenêtres bénéficient, elles, d'encadrements avec linteaux et d’appuis travaillés et façonnés.

Appuis de fenêtres à moulures

Le gîte Le Fournil de Sagnabous est exemplaire de ce type de construction avec de belles moulures aux appuis de deux de ses fenêtres, étonnantes s'agissant d'un fournil et, qui sait ? peut-être récupérées sur des constructions plus anciennes ? 

Quant au linteau de porte il est taillé dans la masse et surmonté du traditionnel triangle de décharge.
Sa maçonnerie extérieure, toute en pierres apparentes mélangeant basaltes, trachytes, granites et schistes, synonymes de durabilité, semblait avoir été faite en pierres sèches, le liant ayant disparu au fil du temps. En effet, dans la deuxième moitié du XVIIè siècle, il était classique d’utiliser un mortier à base de terre argileuse, bien moins onéreux que la chaux, mais aussi bien plus fragile.

Triangle de décharge visible au-dessus du linteau de la porte du gîte

Les entreprises de maçonnerie locales possèdent un réel savoir-faire dans la réhabilitation, dans les règles de l’art, de ces matériaux nobles. C’est donc tout naturellement vers l’une d’entre elles que nous nous sommes tournés pour rénover l’extérieur du Fournil de Sagnabous. Le résultat a dépassé toutes nos attentes, tant dans la couleur qui se fond harmonieusement à celle des pierres que dans le fini du sol à  la toiture.
En retrouvant son liant, cette fois-ci à base de chaux grasse et de sable, le Fournil de Sagnabous a pris un coup de jeune que ses bâtisseurs d’origine ne devraient pas renier. Il y a là une sorte d’hommage au génie de nos ancêtres qui savaient construire en fonction du terrain, les ouvertures au sud, tout en tenant compte de la respiration nécessaire à la salubrité du bâtiment.

Bienvenue au gîte Le Fournil de Sagnabous (www.giteducantal.fr)

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