lundi 30 décembre 2013

Prise d'haut-âge d'Odile Garrouste : notes de lecture

Quelle jolie trouvaille ce titre, original, percutant et intrigant. Comme une promesse, une promesse de plaisir de lecture, promesse tenue de la première à la dernière page.
Métaphore : une silhouette à demi effacée

Pourtant en lisant la première ligne, j'ai craint le pire. Encore un livre écrit n’importe comment me suis-je dit. On ne dit pas « c’est sept heures » mais « il est sept heures ». En fait, ces mots sortent de la bouche de la pauvre Bouloule qui « malmène » la narratrice, laquelle le lui rend bien.  Tout va bien, je peux poursivre ma lecture de Prise d’haut-âge, équilibre subtil entre acidité, tendresse, vacheries et petits règlements de compte enrobés d’un exquis sens de l’humour.
 Odile Garrouste a planté sa plume dans la maison de retraite où séjourne, vit/survit Jeanne, vieille dame de 78 ans, qui n’a « plus les commandes » (de son corps) parce que « c’est tout cassé à l’intérieur ». C’est un peu Parkinson au pays d’Alzheimer (zaïzaï pour les intimes). 
 Il se dit qu’à l’approche de la mort, notre vie défile en accéléré, c’est un peu ce qui va se produire tout au long des 190 pages de Prise d’haut-âge. Au fil de ses levers et couchers, assistés, Jeanne raconte sa vie, à sa voisine de table, absente à tout, ou à elle-même. Et, parce qu'elle connait le temps compté du personnel, quand une larme roule sur sa joue, Jeanne rétorque qu’elle fait la lessive et qu’elle repasse … sans préciser qu’il ne s’agit pas de linge mais des bons et des moins bons moments de sa vie. Tout pour qu'on la croit aussi délabrée de l’intérieur qu’à l’extérieur.

Au fait, vous ai-je dit qu’il s’agit d’un roman d’anticipation ? Si ! Si ! Puisque l’action se passe en 2037. Donc si Jeanne a 78 ans en 2037, elle a dû naître en … 1959, comme moi !  Pas étonnant que tout au long du récit de sa vie, esquissé par petites touches, je me sois sentie si proche d’elle. C’est un peu comme un catalogue. Tout y passe, le manque d'enfant, l’anorexie, la psychothérapie, la 2CV, l’amour, l’amitié, l’IVG (légale), le travail de deuil, la maladie, l’euthanasie … et même la truffade, l'emblématique plat du Cantal à base de Cantal !

Mais surtout, à travers Jeanne qui est passée de l’autre côté du miroir, de soignante à soignée, Odile Garrouste évoque la manière dont nous traitons nos aînés quand leur état de santé physique et/ou mentale ne leur permet plus de vivre seuls. Sans manichéisme, tout en évitant les écueils liés à ce sujet "brûlant", tout y passe, le rythme de l’individu sacrifié à celui du groupe, la pudeur bafouée lors des toilettes humiliantes, l’amour propre en miettes quand, au lever, vos jambes se dérobent sous votre propre poids alors que vous n’avez plus que la peau sur les os, l’insupportable spectacle de la déchéance des autres, les paroles qui dépassent les pensées parce que, devant ce fiasco, on ne sait pas très bien à qui s’en prendre, les pilules du sommeil imposées bon gré mal gré, les petits chantages pour vous forcer à manger, à boire … Et tout ce monde qui sait, mieux que vous, ce qui est bon pour vous !

Heureusement, il y a Steph’, la jeune aide soignante, si douce, si agréable à regarder, Jeanne l’aime bien et guette les jours où elle est de service. Quand elle remarque ses yeux rougis, elle comprend que Steph’ est amoureuse … puis enceinte …  qu’elle ne sait pas si elle va garder ou non cet enfant. Qui peut dire l’impact qu’aura la petite phrase de Jeanne « Il t’arrive un grand bonheur, Steph’, crois-moi» sur l’avenir de la jeune femme ? Et si l’essentiel était là, dans l’interaction entre ses deux femmes ? S'il est relativement aisé de percevoir l’influence des autres sur nous, qu’en est-il de la nôtre sur autrui ? Ne serait-ce pas cela, la transmission ? La trace de notre passage sur cette terre ? Réponse à cette question à la fin du livre !

J’aimerais faire partager le plaisir que j’ai eu à lire Prise d’haut-âge. Peut-être ces quelques lignes y contribueront-elles ? Finalement le seul « reproche » que je pourrais faire à Odile Garrouste, c’est qu’il semble impossible de se procurer son ouvrage ailleurs que dans les librairies d’Aurillac. En effet, son éditeur, Le Scribe d'Opale, ne dispose pas de site internet, quant aux sites habituels d’achat par correspondance, ils ne le référencent pas. Mon propre exemplaire est incessible en raison de la très jolie dédicace qu’Odile Garrouste y a apposée lors de la 17è Foire du Livre de Laroquebrou en novembre 2013. 

Pour contacter Odile Garrouste :

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