dimanche 26 mai 2013

Villages engloutis du Cantal et de la Corrèze, drames d'utilité publique ?

 
 De type poids-voûte, le barrage de l'Aigle,
construit sur la Dordogne,relie la Corrèze et le Cantal.
Superbe hommage rendu par Yveline David dans les colonnes de La Montagne
en ce dimanche de la Fête des Mères à Alphonsine Faintrenie, née en 1920 dans la maison de sa grand-mère au Roffy (Corrèze). Inutile de chercher le village, si joliment décrit par la vieille dame sur la carte, il n'en reste rien. Car le village, comme beaucoup d'autres, a été englouti, tout comme des pans de vie entiers, avec la mise en eau des barrages de Chastang (Corrèze) et de l'Aigle (Cantal) sur la Dordogne. Bien sûr, les anciens, comme Alphonsine, ont essayé de voir le peu qui reste du Roffy à l'occasion des vidanges régulières du barrage. La dernière fois, c'était en 2005 mais ils sont de moins en moins nombreux à se souvenir et à avoir l'énergie de se rendre sur les lieux. C'est, en effet,  un spectacle bien lugubre qui s'offre à eux, loin des souvenirs d'enfance enjolivés par le temps qui passe.
Curieux paradoxe que celui de ces villages engloutis qui ont connu, justement grâce à la construction des barrages, un regain d'activité économique - et ce pendant plusieurs années - avec l'arrivée massive d'ouvriers, tous corps d'état confondus, qu'il a bien fallu loger et nourrir.  Il faut imaginer ce que représentait pour les communes environnantes, vidées de leurs hommes partis à la guerre, les va-et-vient incessants des camions transportant les tonnes de ferraille et de béton nécessaires à la construction du barrage.

Dans ce contexte là, la disparition annoncée du village, personne n'y croyait vraiment. Démarrée en 1941, prévue pour être terminée en 1942, la construction du barrage de l'Aigle ne s'est terminée qu'en 1946, les ingénieurs et les architectes ayant tout fait pour retarder l'avancement des travaux parce qu'il n'était pas question de livrer le barrage à l'occupant, ce qui lui a valu le surnom de "barrage de la Résistance". Au final, les expropriations ont bel et bien eu lieu, souvent généreusement indemnisées par EDF qui a parfois pris en charge la reconstruction de la maison, un peu plus loin, puis le processus de mise en eau s'est mis en route transformant radicalement les paysages, les écosystèmes et la vie des gens.
  
Aujourd'hui, les 7 barrages hydrauliques du Cantal produisent l'énergie nécessaire à une ville de 350 000 habitants pendant un an. Cela revient à dire que le Cantal, peuplé d'environ 170 000 habitants, produit deux foisplus d'électricité qu'il n'en a besoin.
Un jour, des hommes et des femmes ont sacrifié leurs villages pour que des hommes et des femmes d'aujourd'hui disposent du confort procuré par un simple geste, appuyer sur un bouton ou sur un interrupteur. C'est un peu leur rendre hommage que de le rappeler de temps en temps, une manière de ne pas oublier que derrière tout progrès, il y a une concession ...



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